12 juil. 2026

La nation et la patrie

Quelques éléments pour sortir de la confusion politique 

« Les lois sont toujours vacillantes tant qu'elles ne s'appuient pas sur les mœurs. »

Alexis de Tocqueville


La citation ci-dessus vieille de près de deux siècles, demeure d'une étonnante actualité. Une nation ne tient pas seulement par ses institutions ou ses lois. Elle tient surtout par les comportements quotidiens de ses citoyens.


Trois images de la Coupe du monde 2026 m'ont particulièrement interpellé.

La première montre les milliers de supporters algériens présents à Kansas City. Leur enthousiasme, leur discipline et leur civisme ont été salués bien au-delà des stades. Beaucoup ont admiré ces jeunes qui, une fois la rencontre terminée, ont nettoyé les gradins avant de quitter les lieux. Ils ont offert une belle image de l'Algérie, non par leurs chants ou leurs drapeaux, mais par leur sens du bien commun.

La deuxième image provient d'Annaba. Des centaines de supporters s'étaient réunis sur une plage pour suivre le match Algérie-Autriche. La passion était la même. L'attachement à l'équipe nationale aussi. Pourtant, après la rencontre, la plage est restée couverte de déchets. Le même amour du maillot ne s'est pas traduit par le même respect de l'espace public.

La troisième image est plus virtuelle, mais tout aussi révélatrice. Dès le coup de sifflet final, certains plateaux de télévision et les réseaux sociaux se sont transformés en tribunal populaire. Le sélectionneur national, les dirigeants de la Fédération et plusieurs acteurs du football ont été livrés à des attaques dépassant largement le cadre de la critique sportive.

Ces trois scènes racontent une même histoire. Elles révèlent que les Algériens aiment profondément leur pays, mais qu'ils ne donnent pas tous le même sens à cet attachement. Elles posent surtout une question essentielle : lorsque nous affirmons aimer l'Algérie, parlons-nous de la patrie, de la nation, de l'État, du gouvernement ou des valeurs qui permettent à tous de vivre ensemble ?

C'est sans doute de cette confusion que naissent une grande partie des malentendus qui empoisonnent aujourd'hui notre débat public.


Le patriotisme est d'abord un attachement à la patrie. Il exprime l'amour d'une terre, d'une histoire, d'une mémoire commune et d'un peuple. Il se manifeste dans le respect des symboles nationaux, dans la solidarité entre citoyens, dans la protection des biens publics et dans la volonté de contribuer au progrès collectif.

Être patriote ne signifie pas applaudir systématiquement les gouvernants. Au contraire. Il arrive qu'un patriote estime que certaines décisions s'éloignent de l'intérêt général. Les critiquer n'est pas trahir son pays ; c'est parfois une manière de le servir.


Le nationalisme répond à une autre logique. Dans l'histoire algérienne, il s'est construit autour de la lutte contre la colonisation et de la conquête de la souveraineté nationale. Il a permis de rassembler des populations diverses autour d'un objectif commun : recouvrer la liberté et édifier un État indépendant.

Le patriotisme répond à une question simple : comment servir son pays ? Le nationalisme répond à une autre : comment protéger son existence et sa souveraineté ? Les deux sont complémentaires. Une nation ne peut durablement prospérer sans citoyens responsables ni sans indépendance.


Le patriotisme algérien prend aujourd'hui des formes multiples. Il s'exprime chez ceux qui entreprennent, investissent, créent des emplois, transmettent leurs compétences ou défendent l'image du pays à l'étranger. Il s'est également exprimé durant le Hirak, lorsque des millions d'Algériens réclamaient davantage de justice, de transparence et de responsabilité publique au nom de ce qu'ils considéraient être l'intérêt supérieur de la nation.


Le nationalisme lui-même n'est pas uniforme. Certains mettent l'accent sur la citoyenneté et l'égalité des droits. D'autres insistent davantage sur les dimensions historiques, culturelles, arabes, amazighes ou musulmanes de l'identité nationale. D'autres encore voient dans la défense des institutions l'expression première du nationalisme. Ces sensibilités peuvent coexister ; elles deviennent problématiques lorsqu'elles prétendent chacune détenir le monopole du patriotisme.

Les Algériens de l’étranger illustrent également cette diversité. Beaucoup contribuent au développement scientifique, économique ou culturel du pays. D'autres critiquent sévèrement les autorités, persuadés d'agir dans l'intérêt de l'Algérie. Les réduire à une catégorie unique serait une erreur.


Mais le véritable problème se situe ailleurs.

Depuis des années, nous entretenons une confusion entre trois réalités pourtant distinctes : la nation, l'État et le gouvernement.

La nation est la communauté humaine unie par une histoire, une mémoire et un destin commun.

L'État est l'ensemble des institutions permanentes chargées d'organiser cette communauté.

Le gouvernement n'est qu'une équipe investie, pour un temps limité, de conduire les affaires publiques.


Confondre ces trois notions produit des effets dévastateurs. Toute critique du gouvernement devient aussitôt une attaque contre l'État, voire contre la nation. À l'inverse, toute défense des institutions est parfois assimilée à un soutien aveugle au pouvoir en place. De cette confusion naissent des procès en patriotisme qui fracturent inutilement la société.

Or une démocratie mature repose précisément sur la capacité à distinguer ces niveaux. On peut aimer profondément son pays tout en contestant un gouvernement. On peut défendre les institutions tout en souhaitant leur réforme. On peut être profondément patriote sans renoncer à son esprit critique.

Les scènes observées pendant la Coupe du monde illustrent parfaitement cette réalité. Nettoyer les gradins, préserver une plage, respecter les biens publics, accepter la contradiction ou débattre sans insulter ne relèvent ni exclusivement du patriotisme ni exclusivement du nationalisme. Ils traduisent d'abord une culture civique.


C'est précisément ce que Tocqueville appelait les mœurs.

L'Algérie ne manque ni d'amour pour son drapeau ni de fierté nationale. Elle manque davantage de cette culture quotidienne de la responsabilité qui transforme un sentiment en comportement.

L'éducation familiale, relayée par l'école, joue ici un rôle décisif. C'est là que s'apprennent le respect du bien commun, la civilité, le sens de l'intérêt général et la responsabilité individuelle. Aucune loi, aussi parfaite soit-elle, ne remplacera jamais cette éducation.

En définitive, le patriotisme ne se mesure ni au volume des slogans, ni à la violence des polémiques, ni même à l'intensité des émotions sportives. Il se mesure à la manière dont chacun se comporte lorsqu'il n'y a plus de caméras, plus de drapeaux et plus d'hymne national.

Respecter une plage, préserver un bien public, accomplir honnêtement son travail, accepter le débat démocratique ou transmettre des valeurs à ses enfants sont autant d'actes de patriotisme.


La patrie n'est pas le gouvernement. Elle est beaucoup plus vaste, beaucoup plus ancienne et beaucoup plus durable.


C'est pourquoi aimer l'Algérie ne devrait jamais être seulement une émotion. Cela devrait être, chaque jour, une manière de vivre.


Ferid Racim Chikhi,

Analyste senior German

8 juin 2026

ALGÉRIE - FRANCE : Les dossiers sensibles d'une relations stratégique

Analogie et spécificités

Vues d’Amérique du Nord, et plus particulièrement du Canada, les relations entre l’Algérie et la France peuvent parfois rappeler, sous certains aspects, celles qu’entretiennent le Canada et les États-Unis. À titre d’exemple, de nombreux Canadiens, et particulièrement des Québécois, ont récemment manifesté leur mécontentement à l’égard de certaines politiques américaines en réduisant leur consommation de produits en provenance des États-Unis et en modifiant leurs habitudes de voyage, notamment vers la Floride.

Les tensions suscitées par les prises de position de Donald Trump sur les conflits au Moyen-Orient, les différends commerciaux avec ses partenaires, dont le Canada, ainsi que les mesures tarifaires imposées à plusieurs pays, ont été perçues par certains comme des gestes de pression économique et politique. Dans un contexte où l’économie canadienne demeure étroitement liée à celle des États-Unis, ces tensions ont eu des répercussions sensibles sur le climat économique et sur le pouvoir d’achat des citoyens.

Sans établir une équivalence entre les deux situations, cette réalité nord-américaine amène néanmoins à s’interroger : à quel niveau se situent aujourd’hui les relations entre l’Algérie et la France, et quelles en sont les conséquences concrètes pour les populations des deux pays ? Ce questionnement est d’Autant plus crucial que des officiels des deux côtés se rencontrent pour amortir les chocs et tenter d’éclairer les pistes de sorties des crises récurrentes.

Entre l’Algérie et la France

Les relations entre l’Algérie et la France comptent parmi les plus sensibles et les plus stratégiques de l’espace euro-méditerranéen. Héritières d’une histoire lourde, marquées par la colonisation, la guerre de libération nationale et des liens humains exceptionnels, elles oscillent depuis des décennies entre coopération nécessaire, tensions récurrentes et attentes mutuelles souvent contradictoires.

Au-delà des épisodes de crispation diplomatique ou des controverses mémorielles, cette relation ne peut être réduite ni à la seule lecture algérienne, ni à la seule réaction française. Elle repose sur une interdépendance profonde dans les domaines humain, économique, énergétique, sécuritaire et culturel, ce qui en fait à la fois une relation indispensable et particulièrement vulnérable aux malentendus politiques.

Comprendre les principaux dossiers qui structurent aujourd’hui la relation franco-algérienne permet de mieux saisir les préoccupations, les sensibilités et les intérêts des deux parties. Cela aide aussi à mesurer les conditions d’un rapport plus stable, plus lucide et plus équilibré, fondé non sur les réflexes du passé, mais sur la reconnaissance des réalités stratégiques présentes.

Dans cette perspective, il importe d’examiner la relation telle qu’elle se présente aujourd’hui : traversée par des désaccords réels, mais aussi soutenue par des intérêts communs que ni Alger ni Paris ne peuvent durablement négliger. J’avais déjà mis les prémisses de ces relations dans deux articles précédents :  

https://algeriepatriotique.com/2026/02/26/la-presence-algerienne-en-france-une-singularite-historique-sociale-et-memorielle/

https://algeriepatriotique.com/2025/02/04/voici-pourquoi-la-france-est-comme-un-cul-de-jatte-sans-lapport-de-lalgerie/

Les préoccupations majeures de la France

La question migratoire demeure au premier rang des préoccupations françaises. Paris cherche à mieux contrôler les flux migratoires, à faciliter l’application des décisions administratives concernant les personnes en situation irrégulière et à obtenir une coopération efficace dans les procédures de réadmission. Les restrictions de visas ou les différends sur l’identification de certains ressortissants sont régulièrement devenus des sujets de tension entre les deux pays.

La sécurité constitue un second enjeu majeur. La France considère la coopération avec l’Algérie comme essentielle dans la lutte contre le terrorisme, les réseaux criminels transnationaux et l’instabilité régionale. Les échanges de renseignements, la coopération judiciaire et les enquêtes conjointes représentent des instruments indispensables à la sécurité des deux États.

Les intérêts économiques occupent également une place importante. Les entreprises françaises présentes en Algérie, les investissements dans les infrastructures et les partenariats énergétiques constituent des enjeux stratégiques pour Paris. Les autorités françaises souhaitent bénéficier d’un environnement économique prévisible et de conditions favorables à l’investissement.

Enfin, les débats liés à la mémoire coloniale et à la présence d’une importante population d’origine algérienne en France influencent fortement les perceptions de l’opinion publique et les marges de manœuvre des gouvernements successifs.

Les préoccupations majeures de l’Algérie

Pour l’Algérie, il me semble que la question centrale demeure celle de la souveraineté nationale et du respect mutuel. Toute déclaration ou initiative pouvant être interprétée comme une ingérence dans les affaires internes du pays suscite une forte sensibilité politique. Cette posture s’explique par l’histoire nationale et par la place fondamentale qu’occupe l’indépendance dans l’identité de l’État algérien moderne.

Au-delà des différends diplomatiques, le gouvernement algérien aspire à être reconnue comme un partenaire stratégique à part entière et non comme un simple sujet de politique intérieure française. Cette exigence de respect constitue l’un des fondements de sa politique étrangère à l’égard de Paris.

La question de la mobilité est également importante. Pour le gouvernement algérien, les enjeux migratoires ne peuvent être réduits à des considérations administratives ou sécuritaires. Ils concernent aussi la dignité des ressortissants algériens, leurs droits et leur contribution à la société française. Les restrictions de visas ou certaines expulsions médiatisées sont souvent perçues comme des mesures touchant directement l’image du pays et de ses citoyens.

L’Algérie, tout en se tournant vers l’Afrique profonde, diversifie de plus en plus ses partenariats avec l’Espagne, l’Italie, la Turquie et bien des pays d’Asie, dispose par ailleurs des atouts stratégiques considérables dans le domaine énergétique. Premier producteur de gaz naturel du continent africain et fournisseur important de plusieurs pays européens, elle occupe une position renforcée dans un contexte international marqué par la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique.

Cependant, la stratégie algérienne ne se limite plus à l’exportation d’hydrocarbures. Le pays cherche désormais à accélérer sa diversification économique, à développer son industrie, à attirer des investissements productifs et à renforcer ses capacités technologiques. Dans cette perspective, la relation avec la France est appelée à évoluer vers un partenariat davantage fondé sur l’innovation, la création de valeur et les transferts de compétences.

La mémoire demeure enfin un sujet incontournable. Pour l’Algérie, les questions liées à la colonisation, à la guerre de libération nationale et à la reconnaissance des souffrances historiques dépassent largement le cadre symbolique. Elles touchent à la construction du récit national et à la reconnaissance d’une réalité historique qui continue d’influencer les relations entre les deux peuples.

Une interdépendance incontournable

Ce que tentent de nier les extrémistes de droite et les influenceurs des médias mainstream, malgré les tensions récurrentes, l’Algérie et la France demeurent liées par une interdépendance exceptionnelle. La présence d’une importante population d’origine algérienne en France, ainsi que les nombreux Français établis ou actifs en Algérie, constituent un pont humain singulier entre les deux sociétés. Des millions de personnes entretiennent des liens familiaux, culturels, économiques et affectifs de part et d’autre de la Méditerranée. Cette réalité contribue au rapprochement des peuples mais peut également amplifier les tensions lorsque les relations diplomatiques se dégradent.

Sur le plan économique, les échanges demeurent considérables. La France reste un partenaire commercial, technologique et d’investissement important pour l’Algérie, tandis que l’Algérie représente pour la France un partenaire énergétique, économique et géopolitique majeur dans l’espace méditerranéen et africain.

Les questions de sécurité renforcent encore cette interdépendance. Face aux défis du terrorisme, des trafics transfrontaliers, des migrations irrégulières et de l’instabilité régionale en Méditerranée et au Sahel, aucun des deux pays n’a intérêt à une dégradation durable de ses relations avec l’autre.

À ces enjeux structurels s’ajoutent des sujets de friction régulièrement médiatisés, principalement en France : contentieux judiciaires, détentions de ressortissants, situations individuelles à forte résonance politique, débats sur les libertés publiques, questions mémorielles ou controverses liées à certaines personnalités installées de part et d’autre. Souvent amplifiés par les médias et les réseaux sociaux, ces épisodes tendent à occuper le devant de la scène alors qu’ils ne remettent généralement pas en cause les intérêts fondamentaux qui poussent les deux États à maintenir le dialogue.

Construire une relation plus équilibrée

La stabilité durable des relations franco-algériennes exige une approche pragmatique fondée sur la reconnaissance des intérêts mutuels. La priorité consiste à préserver les mécanismes techniques de coopération, notamment dans les domaines de la sécurité, de la justice, de l’énergie et de la migration. Ces canaux doivent pouvoir fonctionner indépendamment des tensions politiques du moment. Une deuxième priorité réside dans la mise en place de feuilles de route sectorielles comportant des objectifs précis, des échéanciers réalistes et des mécanismes d’évaluation transparents.

Le développement des coopérations universitaires, scientifiques et culturelles représente également un levier essentiel. Les échanges entre chercheurs, étudiants, artistes et institutions permettent souvent de maintenir un dialogue constructif lorsque les relations politiques traversent des périodes plus difficiles.

Enfin, les deux gouvernements gagneraient à adopter une communication publique plus mesurée sur les sujets sensibles. Dans un contexte dominé par les réseaux sociaux et la polarisation médiatique, les déclarations impulsives peuvent rapidement provoquer des crises évitables. 

Des acteurs capables de faire évoluer durablement la relation existent de part et d’autre de la Méditerranée, et leur influence réelle ne coïncide pas toujours avec la visibilité médiatique.

Du côté de la France

Les universités et les centres de recherche peuvent développer des projets communs sur l'énergie, l'environnement, la santé, l'intelligence artificielle et les sciences humaines. Les échanges intellectuels créent souvent des liens plus durables que les accords politiques. Les entreprises telles que les PME ainsi que les grands groupes ont intérêt à une relation stable.  Elles recherchent des partenariats, des investissements et des débouchés plutôt que des polémiques mémorielles. Les collectivités locales comme les régions, départements et villes qui entretiennent des relations pragmatiques avec leurs homologues algériens. Elles peuvent agir sur l'éducation, la culture, les transports ou l'environnement. Les associations citoyennes facilitent les échanges humains et contribuent à réduire les préjugés. Les Français d'origine algérienne qui constituent à non point douter un pont naturel entre les deux sociétés. Leur connaissance des deux cultures peut favoriser la compréhension mutuelle.

Du côté de l’Algérie

Les universités et les intellectuels peuvent contribuer à une lecture plus apaisée de l'histoire tout en ouvrant des perspectives. Les entrepreneurs et les acteurs économiques ont intérêt à développer les investissements, les transferts de technologie et les partenariats industriels. Les jeunes Algériens sont souvent davantage tournés vers les opportunités d'avenir que vers les conflits du passé.  Ils peuvent devenir les principaux artisans d'une relation renouvelée. Les acteurs culturels que sont les écrivains, cinéastes, artistes et journalistes en mesure de présenter une image plus nuancée de chaque pays. La communauté des Algériens établis en France représente un espace de dialogue unique entre les deux rives de la Méditerranée. Les acteurs politiques et les gouvernements jouent évidemment un rôle central. Cependant, les responsables politiques sont souvent soumis aux cycles électoraux et aux tensions du moment.

Les transformations profondes naissent généralement lorsque les milieux économiques réclament davantage de coopération ; les universités multiplient les partenariats ; les sociétés civiles développent des liens directs ; les médias cessent de privilégier uniquement les épisodes de crise.

Ce qui pourrait réellement faire évoluer la dynamique

Un véritable tourant interviendrait lorsque Français et Algériens cesseront de se définir principalement par les blessures de leur passé commun pour se projeter davantage dans des intérêts et des projets partagés, sans effacer pour autant la mémoire historique.

Autrement dit, lorsque les échanges porteront davantage sur l’énergie, l’innovation, l’eau, l’environnement, la mobilité des compétences, les coopérations universitaires, les complémentarités économiques et les équilibres régionaux en Méditerranée et en Afrique. L’histoire demeurerait alors une mémoire à connaître, à transmettre et à respecter, mais elle ne monopoliserait plus à elle seule le rythme de la relation politique. Une telle évolution n’effacerait ni les divergences ni les sensibilités, mais elle permettrait de les inscrire dans une relation plus adulte, fondée sur la reconnaissance mutuelle des intérêts et des responsabilités.

Conclusion

La relation entre l’Algérie et la France continuera vraisemblablement d’occuper une place majeure dans l’espace méditerranéen. Son évolution dépendra moins des déclarations de circonstance que de la capacité des deux États à construire une relation fondée sur l’égalité souveraine, le respect mutuel et la prise en compte des intérêts légitimes de chacun.

L’Algérie aborde cette relation avec des atouts géostratégiques, énergétiques et régionaux importants ainsi qu’une volonté affirmée de préserver sa souveraineté et son autonomie de décision. La France demeure, pour sa part, une puissance économique, technologique, diplomatique et culturelle majeure dont l’influence continue de peser dans les équilibres européens, méditerranéens et africains. Les deux pays disposent ainsi de ressources complémentaires qui rendent leur coopération aussi utile que nécessaire.

L’enjeu n’est donc ni de nier les désaccords ni de minimiser le poids de l’histoire, mais de les inscrire dans un cadre de dialogue, de confiance et de responsabilité. Une relation mature entre Alger et Paris ne peut reposer durablement ni sur les rapports de force, ni sur les réflexes hérités du passé. Elle suppose la reconnaissance réciproque des sensibilités, des intérêts et des contraintes de chacun.

À cette condition, la Méditerranée pourra davantage devenir un espace de coopération stratégique, de développement partagé et de stabilité régionale qu’un terrain récurrent de tensions mémorielles ou politiques.

Ferid Racim Chikhi,

Analyste sénior/German

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https://algeriepatriotique.com/2026/06/08/algerie-france-les-dossiers-sensibles-dune-relation-strategique-vus-damerique-du-nord/


6 mai 2026

L’école du millénaire

 Former sans comprendre

Depuis le Québec, où je vis désormais, j’observe avec attention les débats qui traversent l’école québécoise, plusieurs symptômes en font une école qui se cherche avec : la pénurie d’enseignants, la numérisation accélérée, l’irruption de l’intelligence artificielle, la fragmentation du rapport au savoir, les effets d’une diversité culturelle que l’institution peine parfois à transformer en véritable projet commun, il s’agit d’autant de symptômes d’un essoufflement perceptible. À première vue, cette réalité pourrait sembler très éloignée de celle de l’Algérie, pourtant, à mon humble avis, elle ne l’est pas. Car au-delà des contextes culturels, historiques, politiques et sociaux qui les distinguent, ces deux systèmes éducatifs sont confrontés à une même question : comment transmettre dans un monde qui valorise de plus en plus l’instantané au détriment de la compréhension ? C’est en observant cette troublante convergence que me revient le souvenir de ma propre enfance.

La lente dérive de l’école

Je me souviens, alors que j’étais encore bambin et que la  colonisation semblait encore incontournable (avant le déclenchement de la révolution de 1954), je fréquentais simultanément trois écoles.

La première était l’école coranique, où j’apprenais à réciter et mémoriser le Coran, dépositaire d’une tradition millénaire. Ce lieu de transmission, lorsqu’il subsiste aujourd’hui, ne porte plus toujours avec la même rigueur l’héritage spirituel et culturel qui fondait sa légitimité.

La seconde, la médersa d’Abdelhamid Ben Badis, m’ouvrait à la grammaire, à la littérature, à la poésie arabes et à l’exigence de la rédaction. Elle incarnait une ambition : former des esprits enracinés et ouverts. Cette ambition semble aujourd’hui s’être détournée. 

La troisième, l’école maternelle coloniale, m’enseignait avec assurance que mes ancêtres étaient les Gaulois - illustration parfaite d’une pédagogie d’effacement identitaire. L’ironie de l’histoire est qu’après l’indépendance, l’école algérienne peine parfois encore à produire le récit cohérent de sa propre souveraineté intellectuelle.

Trois écoles. Trois langues. Trois visions du monde.

Sans le savoir, je traversais déjà les fractures culturelles, mémorielles et civilisationnelles qui allaient façonner l’Algérie moderne.

Depuis l’indépendance, les formes de transmission du savoir ont profondément changé. Avec elles s’est progressivement dessinée cette figure qu’évoquait Frantz Fanon : celle de « l’homme nouveau ». Près de soixante-dix ans plus tard, cet Algérien nouveau existe bel et bien. Il pense en arabe, revendique son ancrage amazigh, raisonne souvent en français et se tourne désormais vers l’anglais, présenté comme la langue de l’ouverture et de la modernité. 

Mais cette pluralité linguistique soulève une question essentielle : l’école algérienne construit-elle une conscience harmonisée, capable de synthèse, ou continue-t-elle de produire des générations écartelées entre des référents culturels insuffisamment articulés ? Car la modernité ne consiste pas à accumuler les langues. Elle consiste à construire, à travers elles, une cohérence intellectuelle et une confiance civilisationnelle.

Une crise qui dépasse l’Algérie

Depuis des décennies, l’école, l’enseignement, les modèles de transmission se font réformer. En Algérie comme ailleurs, on modifie les programmes, on ajuste les structures, on introduit de nouveaux outils, on promet des ruptures décisives. Rien n’y fait, les résultats stagnent. Les enseignants s’épuisent. Les élèves décrochent - parfois silencieusement, souvent durablement. Et pourtant, le discours officiel persiste : encore une réforme, encore un ajustement, encore une promesse. Il faut avoir le courage de le dire : le problème n’est plus technique. Il est systémique.

On continue de traiter la crise scolaire comme un dysfonctionnement local. Un manque de moyens. Une mauvaise organisation. Une question de méthode. C’est insuffisant. Partout, les mêmes symptômes apparaissent : recul des performances, fragilisation de l’attention, perte du sens de l’effort intellectuel. Ce qui se joue n’est pas une simple crise. C’est une rupture anthropologique. L’Algérie n’est pas une exception. Elle est le miroir grossissant d’une crise qui touche désormais la quasi-totalité des systèmes éducatifs.

Une école qui gère plus qu’elle ne transmet

Le diagnostic dominant est commode : les élèves seraient devenus plus fragiles, moins concentrés, moins motivés. C’est une explication paresseuse. Ils ne sont pas moins capables. Ils sont saturés. Saturés d’informations, d’images, de sollicitations permanentes. Pris dans un flux continu qui rend difficile la hiérarchisation, la distance critique et la lente élaboration de la pensée. Dans cet environnement, apprendre devient un effort de résistance. Et l’école, au lieu de protéger cet espace, s’y adapte. Elle accélère. Elle simplifie. Elle cède.

Dans les classes, le basculement est visible. L’enseignant ne transmet plus seulement un savoir. Il régule, arbitre, absorbe. La priorité n’est plus la compréhension, mais la gestion. Le temps long disparaît. Le silence devient rare. L’effort intellectuel recule. Et pendant qu’on invoque l’ « esprit critique », les conditions mêmes de son existence s’effondrent. Penser exige du temps. L’école n’en donne plus.

Le triomphe de l’instantané 

Face à elle, une autre école s’est imposée. Plus puissante. Plus attractive. Plus intrusive. Celle des réseaux sociaux. Là, tout est instantané. Visible. Comparable.

Le savoir y est fragmenté. La vérité y devient relative. L’attention y est captée puis dispersée. L’école n’a pas perdu sa légitimité. Elle a perdu le monopole du sens. Et elle ne sait toujours pas comment le reconquérir.

C’est là que tout se joue. Former un élève, est-ce le rendre adaptable, performant, immédiatement opérationnel ? Ou est-ce lui donner les moyens de comprendre, de douter, de juger et de résister ? À force de privilégier l’efficacité immédiate, l’école prend un risque immense : produire des individus capables d’exécuter, mais incapables de penser.

Revenir à une exigence simple

Le danger n’est pas l’échec spectaculaire. C’est le renoncement discret. Des élèves qui passent sans comprendre. Des enseignants qui tiennent sans y croire. Une institution qui fonctionne sans convaincre. Tout continue. Mais l’essentiel se perd. 

Aucune réforme technique ne suffira. Ni le numérique. Ni les nouveaux programmes. Ni les réorganisations administratives. Ce qui manque n’est pas un outil. C’est une direction, une mission, ‘’un rêve’’. Il faut réaffirmer des évidences devenues presque subversives : Apprendre prend du temps. Comprendre exige un effort. Penser suppose un cadre. Transmettre est une responsabilité. L’école ne peut pas tout faire. Mais elle ne peut pas renoncer à cela.

L’école algérienne comme l’école québécoise ont leurs fragilités. Mais elles ne sont pas seules. Partout, le même glissement est à l’œuvre : perte du sens de l’apprentissage, fragilisation de l’attention, dilution de l’exigence. La différence ne se fera pas sur le diagnostic. Elle se fera sur le courage d’y répondre. Car une école qui renonce à former des esprits libres ne se réforme pas : elle abdique. Et une société qui abdique sur son école renonce, à terme, à sa propre liberté.

Ferid Racim Chikhi

19 avr. 2026

L’amour à travers les siècles :

Figures éternelles et vérités humaines

Dans de nombreuses sociétés, notamment celles qualifiées d’« arabo-L’amour à travers les siècles : 

Figures éternelles et vérités humaines

Dans de nombreuses sociétés, notamment celles qualifiées d’« arabo-musulmanes », parler d’amour relève souvent de l’intime, du non-dit, d’une forme de retenue presque instinctive. L’amour semble s’y tenir à distance de la parole publique, comme s’il devait rester protégé dans la sphère privée. Et pourtant, un paradoxe s’impose : ce qui ne s’énonce pas directement se transmet avec d’autant plus d’intensité par les détours de la poésie, du chant, du symbole.

Les amours de mon adolescence

Dans mon enfance, les contes, les récits et les chansons circulaient exclusivement par l’oralité, de bouche à oreille, sans jamais passer par l’écrit. Cette transmission vivante façonnait déjà une première sensibilité à l’amour. Plus tard, à l’adolescence puis dans la jeunesse, l’expérience en esquissait les contours : on en parlait à voix basse, entre amis, camarades ou confidents, mais le sujet demeurait enveloppé de pudeur dans les cultures traditionnelles orales.

Et pourtant, ce sont précisément ces sociétés qui ont donné naissance à certaines des plus belles expressions de l’amour. Conteurs, poètes, romanciers et hommes de lettres ont su en capter la profondeur des sentiments et les traduire en récits inoubliables, où des hommes et des femmes déclarent leurs passions avec une intensité que la parole quotidienne retient.

Il fut aussi une époque alors que nous étions jeunes adolescents où nos cœurs battaient la chamade à chaque rencontre, à chaque croisement des yeux ou encore à chaque vision de nos vis-à-vis ; c’était à la fin des années ‘’60’’ et au début des années ‘’70’’, nous avions entre 18 et 23 ans. À la même époque, nos amours étaient volatiles… Tout dépendait de l’âme sœur que nous recherchions, parmi nos camarades d’études et nos voisines. Certains aimaient au premier regard croisé, d’autres fantasmaient ; quelques-uns préféraient rêver en s’imprégnant des œuvres des littératures française et nord-américaine alors que d’autres s’appropriaient les amours rencontrés dans la littérature arabe. 

Une relecture tardive, mais fondatrice

Après plus d’un demi-siècle, je me suis lancé dans la relecture de Romeo & Juliet, ce chef-d’œuvre signé de William Shakespeare. Dans nos groupes d’étudiants quelques camarades sont allés jusqu’à suggérer qu’il était d’origine arabe et le qualifiaient de Cheikh L’Kebir (le grand Vieux). 

À l’âge des premières émotions de l’adolescence, l’amour surgit souvent sous forme d’élan, de projection, parfois d’illusion. À la fin des années 60 et au début des années 70, nos attachements et nos sentiments oscillaient entre le vécu et l’imaginaire, entre les visages croisés et les figures littéraires. Déjà, sans que nous en ayons pleinement conscience, nous entrions dans un espace où l’amour déborde l’expérience individuelle pour s’inscrire dans des formes héritées.

C’est ce que révèle, avec le recul, ma relecture de Roméo & Juliette. Ce texte, découvert à l’université comme une œuvre parmi d’autres, apparaît aujourd’hui comme une matrice. Non pas seulement parce qu’il raconte une histoire tragique, mais parce qu’il met en scène une tension fondamentale : celle entre l’élan amoureux et les structures qui le contraignent. Cette tension, loin d’être propre à l’Europe renaissante, se retrouve dans d’autres aires culturelles.

Dans la tradition algérienne, Hizia & Saïd ; dans la poésie arabe ancienne Antar & Abla; Dans celle persane, Shéhérazade dans Les Mille & une nuits ; dans l’histoire moghole, Shah Jahan & Mumtaz Mahal : autant de figures qui, malgré leurs différences, semblent répondre à une même logique. Elles ne se contentent pas de raconter des histoires ; elles instituent des formes. Elles donnent à l’amour une configuration reconnaissable, transmissible, presque universelle.

L’amour non-accompli

Ce qui m’interpelle, dans ces récits, c’est que l’amour y est rarement accompli. Il est entravé, différé, brisé. Comme si la réalisation pleine du lien en épuisait la portée, alors que son empêchement en révélait la vérité. L’amour heureux appartient au temps vécu ; l’amour empêché accède à une autre temporalité - celle de la mémoire, du mythe, voire de l’éternité.

Le cas de Shah Jahan est exemplaire : la disparition de Mumtaz Mahal ne met pas fin à l’amour, elle le déplace dans la pierre. De même, le chant de Hizia transforme la perte en permanence poétique. L’inachèvement du manoir de Boldt, interrompu par la mort de Louise, inscrit l’amour dans une suspension presque métaphysique. Dans chacun de ces cas, la perte ne détruit pas l’amour ; elle le purifie de ses contingences pour en faire une forme.

Nous touchons ici à une dimension proprement philosophique. L’amour humain semble porteur d’une exigence d’absolu - une aspiration à la totalité, à la permanence, à l’indivision. Or, cette exigence se heurte à la finitude du réel : le temps, la mort, les normes sociales. C’est précisément dans ce choc que l’amour change de nature. Il cesse d’être une simple relation empirique pour devenir une idée, au sens presque platonicien du terme : une forme qui dépasse ses incarnations particulières. Ainsi, Juliette n’est plus seulement une jeune fille, Hizia plus seulement une femme du désert, Abla plus seulement une bien-aimée : elles deviennent des figures. Elles concentrent en elles une expérience que d’autres reconnaissent et s’approprient. 

L’amour singulier se transforme en langage universel.

Mais cette transformation ne se fait pas hors du monde social. Au contraire, elle en révèle les tensions. Chez Antar, l’amour est soumis à la reconnaissance sociale et à la hiérarchie. Dans Les Mille et une nuits, il est indissociable des rapports de pouvoir et de la maîtrise de la parole. Chez Shakespeare, il prend la forme d’une contestation radicale de l’ordre familial. L’amour apparaît ainsi comme un lieu de confrontation entre l’individu et les structures qui l’encadrent.

Dès lors, ces récits ne sont pas seulement des histoires sentimentales ; ils constituent des archives anthropologiques. Ils nous disent comment les sociétés pensent le lien, le désir, la fidélité, mais aussi la transgression. Ils révèlent que l’amour n’est jamais purement privé : il est toujours pris dans un réseau de normes, de valeurs et de représentations.

Ce qui confère à ces figures leur portée universelle, ce n’est donc pas seulement l’intensité du sentiment, mais leur capacité à exprimer une tension constitutive de l’existence humaine : celle entre le désir d’absolu et les limites du réel. Aimer, c’est vouloir ce qui ne peut pleinement se réaliser - et c’est précisément cette impossibilité qui rend l’expérience signifiante.

L’amour dans une autre dimension

On comprend alors pourquoi la perte joue un rôle central. Elle n’est pas seulement un événement tragique ; elle est une condition de transformation. Le deuil convertit l’amour en mémoire, la mémoire en récit, le récit en culture. L’amour devient transmissible parce qu’il a été perdu. Il entre dans ce que l’on pourrait appeler une mémoire affective de l’humanité.

Ces figures vivent moins dans leur histoire que dans les formes qu’elles ont engendrées. Elles deviennent des repères symboliques, des matrices narratives, des miroirs dans lesquels chaque génération projette ses propres attentes. Elles ne disent pas seulement ce que l’amour est ; elles expriment ce que l’homme espère qu’il soit.

C’est en ce sens que l’amour apparaît comme une expérience à la fois singulière et universelle. Singulière, parce qu’elle engage des individus concrets ; universelle, parce qu’elle renvoie à une structure commune de l’existence. Elle révèle un désir de dépassement, une quête de sens qui excède la simple survie ou l’organisation sociale.

L’amour et sa civilisation

Si l’on élargit encore la perspective, ces récits permettent d’interroger l’état des civilisations elles-mêmes. Une société se reconnaît aussi à la manière dont elle raconte l’amour : ce qu’elle en autorise, ce qu’elle en interdit, ce qu’elle en célèbre ou en dissimule.

Les grandes figures amoureuses appartiennent souvent à des moments de haute intensité culturelle, où l’imaginaire collectif est capable de produire des formes durables. À l’inverse, lorsque l’amour se banalise, se réduit à l’instant ou se dissout dans l’immédiateté, il perd en épaisseur symbolique. Il devient consommation plus que signification.

À l’ère numérique, cette mutation est particulièrement visible. L’amour circule plus vite, s’expose davantage, mais se fixe moins. Il est pris dans des logiques d’algorithmes, de visibilité et de performance qui tendent à fragmenter l’expérience. Là où les récits anciens inscrivaient l’amour dans la durée, le conflit et la mémoire, le présent tend à l’inscrire dans l’instant, la répétition et l’oubli. Il ne s’agit pas d’opposer de manière nostalgique un passé idéalisé à un présent dégradé. Mais de poser une question plus fondamentale : que devient une civilisation qui ne produit plus de grandes figures de l’amour ? Que dit-elle de son rapport au temps, à la mémoire, à l’idéal ?

Car au fond, ces récits nous rappellent une vérité exigeante : une civilisation ne se mesure pas seulement à ses réalisations matérielles ou à ses performances techniques, mais à sa capacité à donner forme à ce qui, en l’homme, dépasse l’utilité - l’amour, la perte, le sens. Ainsi, de Hizia aux scènes de Shakespeare, des vers d’Antar aux marbres du Taj Mahal, une même leçon se dégage : l’amour est fragile, limité, souvent impossible - mais c’est précisément cette fragilité qui le rend digne d’être transmis. Et peut-être est-ce là, au cœur même de cette tension entre finitude et absolu, que se joue non seulement le destin de l’amour, mais celui des civilisations elles-mêmes.

Ferid Racim Chikhi

La nation et la patrie

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